Une étude allemande fait grand bruit dans le monde du nucléaire. Explications.
Les enfants de moins de 5 ans vivant à 5 km d'une centrale nucléaire ont 2,2 fois plus de leucémie que la moyenne nationale.

L'Amiral Josse, adjoint territorial du préfet maritime de l'Atlantique, avait expliqué : « Nous avons un paradoxe à traiter. Le nucléaire est un domaine parfaitement maîtrisé. Pourtant, cet exercice peut laisser penser que l'inacceptable peut se passer. »8 h 30. Simulation d'un accident sur un colis contenant des éléments d'armes nucléaires, à la base sous-marine de l'Île Longue. Déclenchement du plan d'urgence interne.
8 h 50. À Crozon, la sirène hulule, « mais il semblerait que bon nombre d'habitants situés dans le périmètre concerné ne l'aient pas entendue », remarque Daniel Moysan, maire de Crozon. La préfecture va déclencher le plan particulier d'intervention.
9 h 25. Un PC opérations est installé au centre de secours de Crozon, où se réunissent les pompiers et la cellule mobile d'intervention radiologique. Un dispositif de gendarmerie est mis en place.
À la mairie de Crozon, un commandement communal de six personnes est constitué, avec les services techniques pour « le bouclage éventuel des quartiers concernés ». Un autre PC est installé à la préfecture de Quimper, avec l'ensemble des services de l'État, services sanitaires et sociaux, services vétérinaires : « Le souci premier : que la population soit tenue informée régulièrement de la situation par radio », explique Marguerite Kervella, du service interministériel de défense et protection civile.
11 h 10. Le périmètre est bouclé. Deux binômes sont équipés, prêts à aller sur les points concernés pour analyse d'une éventuelle radioactivité. Le périmètre de danger considéré autour de l'Île longue a été validé par le délégué à la sûreté et à la radioprotection pour les installations nucléaires de la Défense. Il s'étend sur 2 875 m autour des installations de l'Île Longue. Le commandant Philippe Guéguan relativise : « Nous mettons en place des scénarios très improbables, autres gages de sécurité pour la population. »« Mascarade »
Pour l'organisation Sortir du nucléaire, cet exercice est « une mascarade » : « Des questions fondamentales restent sans réponse. Avec ces exercices ridicules, les autorités reconnaissent néanmoins que le pire est possible. Il peut s'agir d'un drame accidentel ou causé par un acte terroriste, les deux pouvant occasionner un drame équivalent à Tchernobyl. Le périmètre de quelques kilomètres est aberrant : un nuage radioactif peut traverser toute l'Europe. »
Le collectif d'associations antinucléaires pose les questions suivantes : « En cas d'accident nucléaire, que faire des milliers d'habitants de la région ? Comment et où les évacuer ? 21 ans après la catastrophe de Tchernobyl, des zones entières sont évacuées pour des siècles. Des millions de personnes vivent toujours dans des zones contaminées, où la situation continue de s'aggraver. Le nucléaire est un risque incomparable à tous les autres. »

La branche française de cette organisation non gouvernementale (ONG) relance aujourd'hui la polémique, en dénonçant la décision de BNP Paribas d'" organiser le financement du projet nucléaire obsolète de Belene, en Bulgarie ". Les banques sont-elles irresponsables, comme l'affirme l'ONG, indifférentes aux grands enjeux de société et gouvernées par le seul principe de réalité économique ?
Pour Yann Louvel, chargé de campagne aux Amis de la Terre, BNP Paribas aurait trahi l'engagement pris en juin 2007 auprès de plusieurs ONG (Les Amis de la Terre, Greenpeace, Urgewald, No Belene) de ne pas financer la centrale nucléaire bulgare de la Natsionalna Elektricheska Kompania (NEK).
Cible des défenseurs de l'environnement, qui dénoncent un projet situé " en pleine zone sismique " et faisant appel à " la technologie russe - qui - n'aurait pas été utilisée en France car elle est dangereuse ", la banque française avait souhaité leur donner des gages. Mais la presse bulgare a annoncé, dans la semaine du 21 avril, que BNP Paribas venait d'être choisie par l'Etat pour le conseiller dans son financement. " Rien qu'en termes de pure gestion des risques, ce projet est dangereux, comme l'a dit l'ex-directeur de l'autorité de sûreté nucléaire bulgare. Si l'on ajoute la crise financière des subprimes, je ne comprends pas pourquoi la BNP y participe ! ", déclare M. Louvel.
Le coût du projet de Belene aurait explosé, passant de 4 à 7 milliards d'euros en un an, et une douzaine de grandes banques (JP Morgan Chase, Merrill Lynch, Citigroup, Lehman Brothers, etc.) s'en seraient retirées. " Les banques sont coresponsables des projets qu'elles financent. Elle ont des choix stratégiques à faire, par exemple en décidant ou non de financer les énergies fossiles ", dit M. Louvel.
Tout en confirmant sa sélection comme banquier conseil de l'Etat bulgare, dans le cadre d'un appel d'offres auquel avait aussi participé la Société générale, BNP Paribas balaie la critique. La banque, qui avait " subordonné sa contribution au projet bulgare à l'avis de l'Union européenne ", précise un porte-parole, explique qu'elle s'est conformée au feu vert de Bruxelles.
Le 7 décembre 2007, la Commission européenne a jugé " tous les aspects de l'investissement en question conformes aux objectifs du traité Euratom ", qui régit les nouveaux investissements nucléaires en Europe. C'est la garantie la plus sérieuse de la conformité de ce projet aux normes de sécurité en usage, explique-t-on chez BNP Paribas. La plupart des grands groupes industriels et énergétiques européens (RWE, Siemens, Areva et Electrabel) ont annoncé qu'ils en seraient partie prenante.
La banque française affirme qu'elle assume sa responsabilité sociale, s'imposant, pour ses investissements, " des règles souvent plus dures que les strictes obligations juridiques ", par exemple en matière de fret pétrolier.
Dans sa tribune intitulée "Réussir le passage à la nouvelle ère nucléaire" (Les Echos, 29 avril 2008), le ministre des Affaires étrangères et européennes Bernard Kouchner fait la promotion de l'énergie nucléaire. Hélas, la plupart des arguments qu'il avance sont gratuits ou faux. Il convient de rectifier les principales erreurs.
M. Kouchner prétend que "la France" a fait le choix du nucléaire, et que "cette décision audacieuse s'accompagna de débats légitimes". En réalité, c'est un petit groupe de personnes, autour du premier ministre Pierre Messmer, qui a unilatéralement imposé cette décision, en 1973, sans consultation de la population... ni même des parlementaires. 35 ans plus tard, le nucléaire reste d'ailleurs incompatible avec la démocratie : deux porte-parole du Réseau "Sortir du nucléaire" ont récemment été placés en garde à vue et sont menacés de sanctions allant jusqu'à 5 ans de prison, pour avoir osé s'intéresser d'un peu trop près à l'industrie nucléaire et informer leurs concitoyens.
M Kouchner prétend que le nucléaire assure indépendance et prospérité. Le ministre semble ignorer que, bien qu'elle compte 58 réacteurs, la France est au plus mal sur le plan économique et est frappée de plein fouet par la montée du prix de l'énergie. Le ministère de l'économie reconnaît que "La facture payée en 2006 pour un approvisionnement énergétique d’origine étrangère est le double de celle de 2003. Sans elle, le commerce extérieur de la France aurait été excédentaire de 15 milliards d’euros. Avec elle, il est déficitaire de 30" (*). L'explication est simple : même poussé à son maximum, le nucléaire ne parvient à couvrir que 17% de la consommation française d'énergie. Par ailleurs, la facture nucléaire – démantèlement des réacteurs, déchets radioactifs – s'annonce exponentielle même si, d'après la Cour des comptes elle-même, elle sera vraisemblablement léguée à nos enfants.
Le ministre affirme aussi que le nucléaire est une énergie propre. Il ignore donc les pollutions majeures causées par cette industrie :
- grave contamination des régions d'extraction de l'uranium (le combustible du nucléaire). C'est en particulier le cas au Niger où, pour assurer l'approvisionnement de ses réacteurs, la France impose une politique néocoloniale.
- rejets radioactifs continus dans l'environnement : une grande étude scientifique en Allemagne (menée par l'Université de Mayence) vient de montrer une augmentation des cancers et leucémies jusqu'à 50 km autour des centrales.
- importants rejets chimiques – zinc, cuivre, chlorures, phosphore, sodium, morpholine, etc - des réacteurs dans les rivières
- production de déchets radioactifs dont certains vont durer des millions d'années.
En réalité, on ne peut guère trouver d'énergie plus polluante que le nucléaire.
M. Kouchner prétend aussi que "notre économie est l'une des plus sobres en émission de carbone" alors que la France, comme tous les pays riches, fait partie des principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Pire : pour "justifier" le nucléaire, des millions de chauffage électriques ont été installés en France si bien que, dès qu'il fait un peu froid, la consommation électrique est telle qu'il faut importer massivement de l'électricité produite à l'étranger par des centrales au charbon : ces fortes émissions de CO2 doivent être attribuées à la France, et même au nucléaire français.
Autre sujet crucial sur lequel M. Kouchner fait preuve de légèreté : la prolifération, c'est-à-dire l'accès d'un pays à l'arme atomique, généralement sous couvert de développer un programme nucléaire dit "civil".
Le ministre assure que "La France n'exportera donc aucune technologie vers des pays qui ne respectent pas leurs obligations". Or, personne ne peut empêcher un pays, après avoir "montré patte blanche" et obtenu des technologies et matières nucléaires, de changer subitement d'attitude. Il peut s'agir d'un changement de régime – l'Iran en est la parfaite illustration (**) – ou de stratégie : qui peut prétendre que le rusé dictateur libyen Kadhafi n'est pas en train d'abuser la France qui, en vertu d'un accord signé le 25 juillet dernier par ... M. Kouchner, s'apprête à livrer du nucléaire à la Lybie ? Notons d'ailleurs que la plupart des récentes tractations nucléaires de la France se sont faites avec des dictateurs.
Autre "perle" du ministre des affaires étrangères : il prétend que l'on peut sans problème exporter des réacteurs nucléaires "à eau légère" – comme ceux que l'on trouve en France – sous prétexte qu'ils seraient "non proliférants". Or, ces réacteurs produisent du plutonium, matière qui permet la fabrication d'armes nucléaires.
Plus généralement, MM Kouchner et Sarkozy font fausse route en prétendant que le nucléaire est "l'énergie du futur" et que les pays du Sud ont le droit d'y accéder. Curieux "droit" qui consisterait, en achetant des centrales nucléaires, à se placer sous la dépendance technologique, et donc économique et politique, des pays occidentaux : ce sont en effet ces derniers qui sont à même de construire des réacteurs et de les faire fonctionner. Au moindre désaccord politique, la France n'hésiterait pas à dire à ses clients du Sud : "Alignez vous sur notre position ou alors nous arrêtons "votre" centrale nucléaire".
Les pays de Sud peuvent se développer tout en respectant l'environnement, en restant autonomes et indépendants, et sans risque de prolifération nucléaire : il leur suffit de développer les énergies renouvelables, et en particulier le solaire qui ne peut que faire merveille autour de la Méditerranée. Il ne s'agit donc pas de leur "refuser" le nucléaire, mais d'écouter la voix des peuples : aucun d'entre eux n'a jamais manifesté pour avoir des réacteurs nucléaires. Au contraire, des manifestations populaires ont eu lieu dans tous les pays ou l'atome a été imposé.
Si la planète à un avenir, ce sera sans centrales nucléaires ni bombes atomiques. Ce programme peut paraître bien naïf mais, finalement, il l'est considérablement moins que celui de MM. Kouchner et Sarkozy qui veulent disséminer l'atome sur la planète en croyant échapper à de nouveaux Tchernobyl ou Hiroshima.
Stéphane Lhomme
Porte-parole du Réseau "Sortir du nucléaire"
(*) "Facture énergétique de la France en
2006" - http://www.industrie.gouv.fr/energie/statisti/pdf/facture-2006.pdf
(**) En prenant le pouvoir en 1979,
l'ayatollah Khomeiny a aussi mis la main sur le programme nucléaire que le Shah
avait développé... grâce aux puissances occidentales, et en particulier la
France. CQFD.
Mais les blocs cubiques, distingués par la couleur des tôles qui les revêtent - beige, rose, bleu, noir -, n'ont des usines modernes ou des zones industrielles que l'apparence : ils ne produisent rien mais dissimulent, ici des déchets radioactifs dont on ne sait que faire, là des réacteurs nucléaires ou des installations hors d'usage et contaminés, ailleurs des chaînes de traitement qui fonctionnent cahin-caha ou un stock de 85 tonnes de plutonium sans destination.
"Il faudra démanteler environ dix gros bâtiments et une centaine de petits", dit Stephen Stagg, de Sellafield Limited, la compagnie qui gère le lieu. La principale usine encore opérationnelle, dédiée au retraitement du combustible usé, fonctionne mal : dénommée Thorp, elle s'est arrêtée deux ans suite à un accident, a redémarré en 2007 avant que la défaillance d'un élévateur, en janvier 2008, n'interrompe à nouveau son activité. Elle a redémarré en mars, mais devra stopper cet été pour que l'on y change une pièce majeure.
Ouvert en 1947, Sellafield a d'abord abrité les équipements permettant au Royaume-Uni de fabriquer le plutonium indispensable à la bombe dont il voulait se doter. Il s'y est produit, en 1957, l'un des accidents les plus graves de l'histoire du nucléaire, l'incendie de la "pile" de Windscale, dont la haute cheminée domine toujours la zone. Cela n'a pas empêché l'ajout successif de réacteurs producteurs d'électricité, de diverses usines de retraitement, de Thorp, de plusieurs entrepôts de déchets. Et d'une unité de fabrication de Mox - un mélange de plutonium et d'uranium servant de combustible nucléaire - qui n'a jamais fonctionné correctement. Si bien que la Grande-Bretagne s'apprête à livrer à Areva du plutonium pour compenser la production par l'industriel français du Mox qu'elle n'a pas été capable de fournir...
La radioactivité énorme que recèle Sellafield, et celle d'une quinzaine d'autres implantations nucléaires moins massives dispersées dans le pays, induit des coûts de démantèlement faramineux : 92 milliards d'euros, selon la Nuclear Decommissioning Authority (NDA), l'agence gouvernementale chargée de ce travail. "Ce chiffre va certainement augmenter, parce que l'information précise sur les sites s'améliore", note Pip Hatt, de la NDA. Il faudra ajouter le coût des installations de stockage final des déchets très radioactifs, qui pourrait dépasser 20 milliards d'euros. Ni le lieu ni la forme de ce stockage ne sont d'ailleurs définis.
Mais il ne s'agit pas seulement de régler la facture du passé. L'équipe du premier ministre britannique Gordon Brown a fait le choix de relancer le nucléaire, préparant la construction de dix nouveaux réacteurs. Une décision inspirée par le fait que la Grande-Bretagne devra faire face à la fermeture programmée, vers 2015, des 15 réacteurs qui y fonctionnent encore. Echaudé par le passif de Sellafield, le gouvernement entend que ce soit le secteur privé qui prenne en charge cette relance. EDF, Areva, l'Allemand RWE, le suédois Vattenfall, d'autres encore sont sur les rangs. Le réacteur EPR, proposé par EDF et par Areva, tient la corde. EDF produit déjà de l'électricité au Royaume-Uni, tandis qu'Areva apporte un conseil technique à Sellafield et postule, au sein d'un consortium, à la gestion du site, dans le cadre d'un contrat préparé par la NDA pour dix-sept ans.
"Si l'on veut faire face au changement climatique, le nucléaire fait partie du "mix" énergétique permettant d'y parvenir", dit le ministre de l'énergie, Malcolm Wicks, à Londres, dans un entretien au Monde. Mais le Royaume-Uni ne sait que faire de ses déchets nucléaires, ceux du passé comme ceux qui seraient créés par les nouveaux réacteurs. "Nous n'avons pas de solution spécifique, reconnaît Malcolm Wicks. Mais les nouveaux réacteurs entreront en fonctionnement en 2017 ou 2020 ; ils fonctionneront pendant quarante ou cinquante ans : il y a du temps pour trouver une solution." Il précise : "Nous serons attentifs à ce que le coût total du cycle nucléaire soit assumé par le secteur privé."
Par l'intermédiaire d'EDF et d'Areva, la France sera-t-elle impliquée dans la liquidation des déchets radioactifs futurs outre-Manche ? Même s'il était pour partie répercuté sur la facture électrique des Britanniques, le coût final de cette gestion reste inconnu. "Le contribuable français pourrait finir par payer les coûts réels du nucléaire britannique", observe Shaun Burnie, un consultant indépendant.
Un référendum pour les éoliennes et pas pour les déchets nucléaires ?
Des sénateurs, dont I'ancien président de Région Jean-Claude Etienne, proposent de rendre obligatoire la consultation des citoyens pour I'implantation d'éolienne. Et Bure, dans tout ça?
Une proposition de loi, déposée récemment au Sénat par Philippe Marini, et soutenue par quelques vedettes de la majorité comme Hubert Falco, devenu depuis secrétaire d'Etat à I'aménagement du territoire, I'ancien Premier ministre Jean- Pierre Raffarin, Serge Dassault, Gérard Larcher ou encore I'ancien président du Conseil régional de Champagne-Ardenne et actuel sénateur de la Marne Jean-Claude Etienne, tend "à rendre obligatoire la consultation des citoyens préalablement à I'implantation d'éoliennes de grande hauteur" (50 mètres). Une <consultation> dont le résultat ne lierait toutefois pas les collectivités territoriales concernées.
Selon ces chers sénateurs, "si I'expansion de cette source d'énergie renouvelable est un bien, elle ne doit se traduire, sur le terrain, ni par des nuisances, notamment visuelles, trop importantes pour les riverains, ni par une défiguration des paysagesa voisinants".
"Le temps où certains voulaient imposer aux populations des projets est révolu"
Les sénateurs ajoutent : "Le temps où certains voulaient imposer aux populations des projets est révolu. La demande d'information et de transparence est aujourd'hui essentielle. Chaque élu a non seulement le devoir d'y faire droit, mais aussi celui de susciter la participation des citoyens". C'est beau comme de I'antique !
Mais, il n'y a pas si longtemps, plus de 50 000 Haut-Marnais et Meusiens ont signé une pétition réclamant un référendum local -non décisionnel également- sur I'enfouissement des déchets nucléaires à Bure. Demande refusée au prétexte qu'une collectivité locale ne peut organiser un référendum sur un sujet qui n'est pas de sa compétence, comme cela semble être le cas pour le nucléaire.
Au-delà de la question juridique, "sur ces questions complexes, I'outil référendaire apparalt bien inadapté", avait de toute façon martelé Bruno Sido au Sénat, lors du vote de la loi sur les déchets nucléaires en juin 2006.
Pourtant, le stockage de déchets nucléaires est à priori plus préoccupant pour les citoyens que I'implantation d'éoliennes. D'où la réaction d'une lectrice de L'affranchi, Bernadette Remenant, surprise de cette initiative des sénateurs : "A mon sens, I'implantation d'éoliennes est bien plus judicieux et permet avec d'autres énergies renouvelables de réduire le besoin en électricité d'origine nucléaire et par conséquent de réduire la quantité de ces déchets dont personne ne sait que faire".
Pour les déchets nucléaires, il y a les fameux fonds d'accompagnement
Mais si le référendum apparaît "inadapté" pour les déchets nucléaires, comme le soutien Bruno Sido, n'est-ce pas plutôt lié aux fameux fonds d'accompagnement du laboratoire de Bure (20 millions d'euros par an pour les deux départements concernés qu i permettent, par exemple, au Conseil général de la Haute- Marne de reconstruire ou réhabiliter la totalité de ses collèges ou encore de construire un nouveau mémorial dédié au général de Gaulle à Colombey-lesdeux- Eglises ?
N'est-ce pas lié aussi aux actions désormais menées sur le terrain par EDF, CEA et AREVA qui, à cause du projet d'enfouissement des déchets qu'ils produisent, entendent faire de la Meuse et de la Haute-Marne "un territoire de référence pour une nouvelle offre en énergie renouvelable valorisant la biomasse" o u encore "un territoire pilote pour la maîtrise de la demande en énergie et la réduction des émissions de CO2 par les bâtiments", sans oublier de "valoriser le potentiel industriel de Meuse et Haute-Marne, en particulier la métallurgie" et d'apporter "un appui au développement ou à I'implantation de PME-PMI et un accompagnement des collectivités locales dans leurs projets de développement (lire ci-dessous) ?
Evidemment, toutes ces mesures n'existent pas pour favoriser I'implantation des éoliennes. Mais cela n'empêche pas Bruno Sido d'utiliser Bure comme une monnaie d'échange dans le cadre du projet de réforme des armées quand il dit : "On ne peut pas à la fois recevoir I'enfouissement des déchets nucléaires et accepter le départ des militaires. Les Haut-Marnais ne le comprendraient pas".
Et si on leur demandait leur avis ?
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Quand EDF, AREVA et CEA se veulent généreux...
Les producteurs de déchets nucléaires EDF, CEA et AREVA viennent de publier chacun un rapport annuel d'activités "au titre de leur engagement dans I'accompagnement économique" des départements de la Meuse et de la Haute-Marne qui accueillent le laboratoire de Bure.
Le volet le plus connu des particuliers est sans aucun doute celui de la maîtrise de la demandee n énergie et de la réduction des émissions de CO2 pour les bâtiments. En 2007, EDF a ainsi accordé plus de 2700 prêts à taux zéro aux Haut-Marnais et Meusiens soucieux d'améliorer la performance thermique de leur logement. Environ 1500 logements sociaux et 86 bâtiments publics ont aussi été aidés. Selon EDF, qui a prévu d'investir 20 millions d'euros sur 5 ans, cette opération doit générer plus de 100 millions d'euros d'activité et créer à terme environ 300 emplois dans les entreprises du secteur.
Une autre action des producteurs de déchets nucléaires concerne les commandes passées aux entreprises industrielles, en particulier celles de la métallurgie. En 2007, le montant de ces commandes passées en direct ou en sous-traitance aux entreprises des deux départements, se serait élevé à 9,6 millions d'euros.
Il y a aussi la création par AREVA du Technoparc de Saint-Dizier. Et ce que I'on appelle le "projet biomasse" : une unité pilote de cogénération par gazéification de bois est susceptible d'être implantée à Saint-Dizier, tandis qu'une unité semi-industrielle de gazéification du bois pour la production de biocarburants est prévue sur la zone interdépartementale de Bure-Saudron.
Ces deux projets sont censés permettre de créer environ 120 emplois. Pour que la liste soit complète, il convient aussi de citer les prêts participatifs et les bonifications de prêts accordés à des entreprises pour créer ou maintenir plus de 260 emplois, ainsi que I'inauguration du bâtiments des archives d'AREVA dans la Meuse (Houdelaincourt) et le projet d'installation des archives d'EDF en Haute-Marne (Saudron).
Physicien de formation, Roland Desbordes fait partie des membres
fondateurs de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la
radioactivité (CRIIRAD).
FRANCE-SOIR. A-t-on pu mesurer
précisément l’impact de Tchernobyl sur la santé ? Quelles sont les dernières
conclusions de vos études ?
ROLAND DESBORDES. Sur la France,
Tchernobyl, c’est forcément quelques milliers de victimes, même si c’est une
évaluation très approximative. D’un côté des spécialistes affirment que les
conséquences du nuage sur la France n’a eu aucune incidence, de l’autre, des
associations de malades du cancer de la thyroïde notamment nous disent qu’entre
50.000 et 100.000 personnes sont concernées. Mais dans la mesure où aucune étude
épidémiologique n’a jamais été réalisée dans notre pays, personne ne peut rien
dire de concret ni dans un sens ni dans l’autre. Aucune, depuis vingt-deux ans !
L’INVS – l’Institut national de veille sanitaire – a réalisé une évaluation
épidémiologique mais en partant des cartes anciennes où les contaminations au
sol sont sous-évalués. Il y a quinze jours, l’Autorité de sécurité nucléaire a
sorti une carte qui est enfin conforme aux nôtres. Les becquerels ont été
consommés dans l’alimentation, combien, où, comment ? C’est ce qu’il faudrait
déterminer.
Il n’est donc pas possible aujourd’hui de connaître
la vérité sur l’incidence de la catastrophe de Tchernobyl en
France ?
Il faudrait lancer une grande étude épidémiologique pour le
savoir. Aussi, les malades de la thyroïde ont raison de porter plainte contre
l’Etat, pour connaître la vérité. En 1986, nous n’avons pas été dans un Etat de
droit, en laissant consommer aux gens des produits contaminés au-delà des
normes. Le lait, le fromage… C’est d’abord pour les enfants que les limites ont
été dépassées. En mai, juin et juillet, des taux records dans les plantes
aromatiques sauvages ont été relevés, dans le thym notamment. Les bêtes dans les
pâturages ont ainsi été contaminées, tout comme les végétaux à large feuille
tels que la salade, les épinards… Puis l’herbe, les foins, qui ont été consommés
dans l’hiver. Lait, viandes, fromages… Les mesures restrictives sévères auraient
dû être prises à ce moment-là, comme ce fut fait en Allemagne, en Suisse, en
Italie. Si cela avait été fait, nous n’aurions pas, avec les malades de la
thyroïde, porté plainte contre l’Etat. Mais on nous a menti. Nos autorités
avaient les chiffres de la contamination et ont volontairement caché ces
chiffres. Et les perquisitions effectuées par la justice ont permis de confirmer
ce que l’on savait : les niveaux étaient importants, comparables à nos pays
voisins. La radioactivité ne connaît pas les frontières !
Dans
certaines régions, se nourrir des produits de la terre représente-t-il encore un
danger ?
Des zones ont été particulièrement touchées : la Corse, le
Vercors, l’Est de la France. Aujourd’hui les champignons sont les seuls produits
contaminés de façon significative. Dans le Vercors, nous avons fait des mesures,
et ils étaient assez marqués. Le gibier sauvage, comme le sanglier, peut lui
aussi être contaminé par les champignons justement. Ces aliments présentent des
risques si vous en consommez plusieurs kilos par an.
Les sols
français sont-ils encore contaminés ?
La radioactivité des sols
diminue très lentement. Il reste seulement 1/10 de la radioactivité déposée en
surface à l’époque. Beaucoup de radio-éléments, par chance, avaient des durées
de vie courtes. Le seul encore présent est le césium 137, qui a une durée de vie
de trente ans. On le retrouve aujourd’hui à 20 ou 30 cm de profondeur dans les
sols. On trouve quelques traces dans l’herbe et le lait dans certaines régions.
Le risque s’est néanmoins éloigné de notre assiette, ça n’a rien à voir avec
l’été 86. Mais dans certaines zones, la terre est encore chargée de façon
importante comme dans le Mercantour.
Une plainte a été déposée en
2001. Plus de 500 personnes se sont portées parties civiles...
La
plainte est toujours en cours d’instruction. Nous espérons un procès. Nous
voulons que les personnes responsables d’avoir caché la vérité soient
sanctionnées. A droite comme à gauche, les hommes politiques n’ont jamais voulu
reconnaître le défaut de protection des populations. Ce mensonge doit être
reconnu. Le professeur Pellerin (NDLR : ancien responsable du Service
central de protection contre les rayonnements ionisants) a d’ailleurs été
mis en examen en 2006 et entendu mardi dernier par la juge Marie-Odile
Bertella-Geffroy.
NUCLEAIRE - «Présence de divers câbles électriques baignant dans un caniveau technique rempli d’eau». «Armoires regroupant des alarmes incendie présentant des dysfonctionnements importants». Ou «véhicules à moteur circulant dans la salle des machines des réacteurs». L’association Tchernoblaye tire la sonnette d’alarme. Elle s’inquiète de «graves problèmes» relevés à la centrale nucléaire du Blayais par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), lors d’une visite inopinée début avril.
Dans un courrier adressé au directeur de la centrale, l’autorité de contrôle juge en effet que «ces pratiques ne sont pas acceptables». L’ASN pointe notamment les manquements du dispositif de détection incendie : «les groupes électrogènes des réacteurs 1 et 2 ne génèrent pas d’alarme incendie mais une simple alarme technique en salle de commande». L’association Tchernoblaye souligne pour sa part la récurrence du disfonctionnement : «ce grave problème avait été découvert en 2003 mais, malgré la demande de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), il n'avait été rectifié que sur les réacteurs 3 et 4».
La direction a cependant répondu n’avoir «aucun doute» sur son système de protection incendie. Tout en affirmant étudier «la façon d’intégrer les améliorations».
Pour l'association, à quelques jours des 22 ans de la catastrophe de Tchernobyl, la vigilance reste toujours essentielle. Elle appelle à un rassemblement vendredi à 17 heures, à Bordeaux, devant le Grand Théâtre. Et tient ainsi à réaffirmer que «l'industrie nucléaire fait courir à l'ensemble de la population des risques extrêmes».
L.E. (avec AFP)
Tchernobyl / Corse : les élus responsables et complices du mensonge d'Etat
Victor Iouchtchenko a inauguré le 23 avril
2008 le centre de stockage et de retraitement des déchets
radioactifs.
(Photo : AFP)
Vingt-deux ans après l’explosion nucléaire survenue dans l’un de ses réacteurs, la centrale de Tchernobyl se dote d’un centre de retraitement de déchets radioactifs. Actuellement en cours de construction, les bâtiments seront tous situés en zone de sécurité appelée « aire décontaminée » à quelques kilomètres de la centrale. Mais déjà, des voix discordantes, d’habitants et d’associations écologistes se font entendre.
Lors de l’inauguration, mercredi dernier, le président ukrainien s’est félicité d’un tel centre de retraitement, une première et unique installation pour le pays et la région tout entière. On se souvient qu’en 1986, lors de la fuite radioactive du réacteur numéro quatre de la centrale de Tchernobyl, les plus fortes doses de particules nucléaires s’étaient propagées chez les voisins, en Europe, mais surtout dans les pays frontaliers, c’est-à-dire le Biélorussie et la Russie.
Cependant, alors qu’il prépare son entrée au sein de l’Organisation mondiale du Commerce en mai prochain, et cherchant toujours plus à se démarquer de Moscou, Victor Iouchtchenko a bien fait comprendre dans son discours que l’Ukraine détenait là un marché dont elle tient les rênes et compte rester maître jusqu’au bout : « La première aile du complexe a été réalisée avec l’aide de la Commission européenne, elle devrait être opérationnelle fin 2008, avec une capacité de stockage de 75 000 mètres cubes de déchets venus de Tchernobyl et des quatre autres centrales ukrainiennes».
Des propos soulignés par l’intervention du constructeur, Valentin Melnichenko, le patron de la compagnie ukrainienne Technocentre : « La plateforme s’agrandira avec la construction de bâtiments supplémentaires dans les dix prochaines années. Mais il n’est aucunement question que notre centre de stockage serve aux pays alentour ».
Tout au long de la cérémonie d’ouverture, les deux orateurs n’auront cependant eu aucun mot pour commenter les protestations entendues en marge de l’inauguration. Certains citoyens et des associations de défense de l’environnement considèrent le projet trop précipité.
« Le principal danger, c’est l’eau… »
Roland Desbordes, président de la CRIIRAD
Mis à part les félicitations lors de l’inauguration à Tchernobyl, peu de détails et d’informations techniques ont été délivrés. Au grand regret des réseaux écologistes qui travaillent en Ukraine ou à l’étranger sur la question nucléaire. Que va-t-on faire exactement dans la centrale, du reconditionnement ? Du tri ? Certains habitants à Tchernobyl ont brandi leurs inquiétudes sur la nature du sol de la zone dénucléarisée autour de la centrale.
Aujourd’hui, et compte tenu du manque de recul (puisque les débuts de l’énergie nucléaire appartiennent à la seconde moitié du XXème siècle), il existe deux façons de traiter les déchets.
La première, propre aux Etats-Unis consiste à enterrer les résidus radioactifs dans des fûts de béton et à les entreposer profondément dans le sol dans des zones isolées. C’est ce que l’on nomme la gestion « irréversible », aimée des exploitants nucléaires car définitive et non discutable mais tant décriée par les militants « verts ». Les écologistes les plus radicaux comme les plus modérés y voient un cadeau empoisonné pour nos enfants et les générations du XXIème siècle. « Il y a différents types de déchets, chaque pays a sa spécificité, explique Christian Bataille, rapporteur de la loi française sur le retraitement des déchets nucléaires, l’un des plus fins connaisseurs du dossier, le combustible nucléaire est varié et très complexe mais ce qu’il faut savoir c’est que quelque soit la méthode envisagée, il reste un surplus qui ne pourra jamais être réutilisé et dont la durée de vie s’étale sur des centaines, des milliers d’années avant que leur taux de radioactivité finisse par disparaître ».
Joint par téléphone par RFI, Christian Bataille décrit la seconde méthode, adoptée par les Européens et des Japonais. Ces derniers préfèrent retraiter, à savoir, récupérer les matières, les recycler et stocker les résidus pérennes dans des confinements souterrains.
L’avantage dans ce cas étant qu’en cas de risques sismiques les experts puissent les récupérer. « Justement, sur ce point-là et Tchernobyl, on entend tout et n’importe quoi » estime le président de la CRIIRAD, la Commission française de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité. Christian Desbordes a maintes fois entendu la thèse selon laquelle l’explosion du réacteur numéro quatre en 1986 aurait été provoquée par un mini-tremblement de terre. Or, pour ce grand spécialiste, le plus grand risque dans cette région du monde, n’est certainement pas la rencontre de plaques tectoniques mais l’infiltration des fûts stockés par l’eau ou la fuite de certains liquides dans les nappes phréatiques, véritables véhicules de particules radioactives.
Des déchets enterrés à la va-vite
A la CRIIRAD on se réjouit tout de même que l’Ukraine ait construit ce nouveau centre de retraitement. « Il fallait faire quelque chose, le gouvernement ukrainien a tranché, et c’est bien » ajoute Roland Desbordes en expliquant qu’à l’époque, les autorités de Kiev n’ont pas eu d’autres choix que l’urgence. « Une partie des déchets, ceux au niveau d’irradiation extrêmement élevé, responsables de la mort des "premiers pompiers" ont été dépêchés sur place, confinés et enterrés à la va-vite dans des champs vraiment tout près de la centrale ». Selon des estimations non officielles, près de 25 000 « liquidateurs » chargés de divers travaux autour du réacteur accidenté, seraient décédés dans les premières semaines suivant la catastrophe.
Ils y sont toujours avec le même degré de dangerosité, d’où la question qui et comment se chargera t-on de leur transfert jusqu’à la nouvelle installation ! Les autres réacteurs de Tchernobyl ont produit des déchets mais de nature différente. Et actuellement, les quatre autres centrales en fonctionnement en Ukraine génèrent aussi chaque jour, comme toutes les centrales du monde, plusieurs mètres cubes de combustibles à retraiter ».
Compte tenu des données scientifiques, avec ce qu’elles contiennent d’incertitudes mais aussi de solutions à moyen terme pour l’humanité, l’option la plus raisonnable serait avant toute chose d’établir un état des lieux géologique et hydraulique très précis. Parce que le béton et les fûts de stockage sont peut-être de qualité aujourd’hui, mais bien malin qui pourra dire combien de temps ils le resteront. Renseignement pris, même au sein de la communauté scientifique, les prévisions divergent avec des écarts de chiffre allant de 0 à 80% !