Moi, le taureau
Je suis né dans une étable
ma maman une belle noiraude
mon papa, maman ne s'en souvient pas,
seulement qu'il est tout noir comme moi
Très vite je me mis debout, pour aller téter maman
je pensais y rester toujours, et téter longtemps
non on m'arracha, déjà adieu maman
des mains dures, brutales, nous séparèrent, elle et moi
pleurâmes longtemps
Je ne savais pas ce que les mains, les voix me voulaient
ils me préparaient, je prenais très vite du poids, je les entendais
ils disaient, sans cesse le mot combat
Je suis doux, tendre et gentil, malgré que sur moi tout le jour ils s'acharnaient
frappaient, hurlaient, poussaient, tiraient, crachaient
patient, pacifique, calme, confiant
amical, innocent, tendre, je me disais, ils vont peut-être cesser
Je ne me plains jamais, j'ai l'air fort, résistant, je suis végétarien, ruminant, calme, lent
l'esprit d'un petit enfant, avec de grands yeux, noir confiant
le paradis?
ma maman, l'herbe des champs, la chaleur ou le vent
hélas je ne le connus pas longtemps
seulement lorsque les mains cessaient les tourments, et ce qu'ils appelaient l'entraînement
Les mains ça veut dire les coups, le bâton, la matraque, le fouet, elles frappent, battent,
piquent, poussent, les voix hurlent tout le temps
mais jamais je ne devins méchant
est-ce pour cela que chaque jour était pire que celui d'avant?
J'avais fière allure, beau, grand, caractère amical, tendre, bon enfant
j'aurais aimé des mains tendres, douces caressantes, mais jamais cela ne fut
pas un seul jour de paix
un peu la nuit lorsque la souffrance, diminuait, se calmait
Le jour se leva, l'été battait son plein, le calvaire pour moi recommença
on m'emmena, on me brûla, par derrière, par devant, les yeux, la gorge,
le nez, l'anus partout on me brûla, fou de douleur devant moi, aveugle
je fonçais, à droite on me perça, à gauche on me piqua, devant on me transperça,
derrière la peau on m'arracha, je fonçais encore et encore, je glissais, soufflais, courais
épuisé de douleurs, de larmes de souffrances mon sang partout en moi coula, gicla
m'aveugla, et ça continuait augmentait,
Qu'est ce que j'ai fait?
Rien, ils s'amusent, hurlent de joie, rient, se moquent, encouragent
et ils me découpent, me torturent, me massacrent, lentement, prenant le temps,
ricanant, les minutes sont des siècles ça n'en finit pas, je me vide lentement, c'est au delà des mots, des sens, la douleur, la souffrance, je suis là, impuissant, plus de fuite, je me couche lentement
adieu, terre d'enfer, adieu je vais retrouver, mes frères, mes parents
qu'ils gardent mes oreilles, je ne suis plus là, je suis si loin déjà
Le firmament, peut être me dira, pourquoi, je n'étais qu'un enfant, qui se nourrissait
de l'herbe des champs, de l'eau des rivières, se promenant, ruminant en se reposant
de belle carrure, calme et confiant
alors pourquoi un pareil traitement?
parce que je fus un taureau tout simplement