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[Alerte-nature-maroc] La France aurait-elle un sursaut de bon sens? Espérons


 Actualité | Le Figaro Magazine
Jean-Louis Borloo : "Pour sauver la planète il faut agir, et vite !"

PROPOS RECUEILLIS PAR CLAUDIE BARAN.

Publié le 07 septembre 2007
Actualisé le 08 septembre 2007 : 18h42

Silencieux depuis sa nomination, discret, refusant les effets 
d'annonce le ministre d'Etat révèle au «Figaro Magazine» ses projets 
concrets pour faire de la France une nation «écoresponsable». Et 
plaide pour la création d'une «gouvernance écologique mondiale». Son 
credo : «L'économie jetable doit devenir l'économie durable.»
Le Figaro Magazine - Un nouveau ministère, et donc un nouveau défi, à 
l'échelle de la planète. Quel premier bilan faites-vous de l'état du 
monde ?
Jean-Louis Borloo - La situation est grave. Tout se dégrade. Nous 
dilapidons le capital de la planète, quel que soit l'angle sous 
lequel on envisage le problème. Certaines choses sont peut-être déjà 
irréversibles, mais nous pouvons encore inverser la tendance. La mer 
d'Aral, les glaciers, la calotte glacière sont véritablement en 
danger. Malheureusement ! Aujourd'hui, notre croissance dépend 
essentiellement de notre capacité à nous inscrire dans le 
développement durable. L'économie jetable doit devenir l'économie 
durable ! C'est une manne pour la croissance mondiale, mais aussi 
pour les entreprises françaises. C'est avant tout une question de 
meilleure qualité de vie pour tous. Une chance aussi de laisser à nos 
enfants et petits-enfants une planète en bon état. S'attaquer aux 
problèmes environnementaux ne relève surtout pas d'un effet de mode. 
Il est grand temps d'agir. Et d'agir vite ! Il faut changer 
radicalement la donne. C'est possible grâce à tous les efforts 
accomplis. Nous ne partons pas de zéro. Au contraire, la conscience 
de chacun, les milliers d'associations, mes prédécesseurs, la chaîne 
connue et inconnue de ceux qui se mobilisent oeuvrent depuis 
longtemps dans ce sens. En créant un ministère unique au monde, le 
président de la République a voulu que la France donne l'exemple et 
aille de l'avant. En réunissant autour de la table des représentants 
de la société civile, des syndicats, des entreprises, des ONG 
écologistes, des collectivités et de l'Etat, elle innove aussi. Le 
Grenelle de l'environnement est une première. Je dois rendre hommage 
à l'engagement et à la qualité du difficile travail auquel tous ont 
accepté de s'atteler malgré des positions parfois contradictoires, 
voire conflictuelles.
Justement, comment allez-vous vous y prendre ? Une stratégie est-elle 
déjà mise au point ?Une grande politique est l'addition de petites 
choses. C'est à la fois une vision et une volonté. D'abord, je vais 
au devant des figures emblématiques de l'écologie et de 
l'environnement. J'ai déjà rencontré Al Gore et Nicholas Stern, 
auteur d'un rapport de référence pour le gouvernement britannique sur 
l'impact économique du réchauffement climatique qui travaille 
désormais avec nous. Il est, en effet, coprésident d'un groupe de 
travail du Grenelle Environnement. Je suis en contact avec Barbara 
Boxer, présidente de la Commission environnement du Sénat américain, 
proche d'Hillary Clinton. Sans oublier bien sur Pachauri, 
interlocuteur de choix et président du Groupement international des 
experts sur le changement climatique. J'ai aussi rencontré tous mes 
homologues européens, les Sud-africains, les Chinois, les Japonais, 
les Africains et de nombreux scientifiques qui travaillent sur le 
climat et la biodiversité. Quinze ans après la prise de conscience 
mondiale du sommet de Rio, nous sommes tous d'accord pour dire que 
l'environnement et la sauvegarde de la planète sont devenus une 
affaire d'Etat. A la France de soumettre sa proposition...
En quoi consisterait précisément cette proposition française ?
En septembre 2003 et lors de la Conférence de Paris en février 2007, 
la France a proposé aux Nations unies de créer une «Organisation des 
Nations unies pour l'environnement (Onue)». Initiée par Jacques 
Chirac, j'en suis aujourd'hui le défenseur. Cinquante-deux Etats se 
sont déjà déclarés les amis de l'Onue et soutiennent favorablement le 
projet. C'est très important. Car actuellement, l'action 
internationale en cette matière manque de cohérence. Elle est un 
ensemble disparate de moyens financiers ; les énergies sont 
déstructurées, trop éloignées des enjeux de la planète. Je veux 
transformer ces organisations totalement éclatées en une gouvernance 
écologique mondiale. L'Onue viendrait coordonner et renforcer les 
différents programmes des Nations unies pour l'environnement (PNUE) 
et serait une sorte d'OMC de l'environnement. Aujourd'hui, toute 
l'Union européenne est soudée. Se sont mobilisés l'Afrique 
francophone, le Mexique, le Maroc, le Cambodge, jusqu'aux Seychelles 
et à l'île Maurice. Une seule gouvernance dotée d'un président 
médiatique susceptible de porter un message politique donnerait une 
formidable impulsion à un défi majeur : sauver la planète !
La France semble donc vouloir prendre un certain nombre d'initiatives...
Absolument. La France prendra officiellement la présidence de l'Union 
européenne en juillet 2008. Nous serons alors dans une position 
idéale pour défendre nos projets et notre Onue lors de l'après-Kyoto, 
qui se jouera en décembre de la même année, à Poznan. Avant cela, 
j'accompagnerai le président Nicolas Sarkozy à la conférence des 
Nations unies le 24 septembre à New York. Je serai au sommet sur le 
climat à Bali, où les négociations sur la réduction des gaz à effet 
de serre porteront aussi sur l'après 2012.
En dehors de cette activité internationale, vous travaillez, au plan 
national, sur le Grenelle de l'environnement. Où en sont vos travaux ?
Réunir autour de la table une véritable machine de guerre, 
reconnaissez que cela ne manque pas d'allure ! Personne n'est allé 
aussi loin. Le pacte écologique des principales associations 
environnementales autour de Nicolas Hulot a marqué une étape 
décisive. Le président de la République s'est engagé clairement à 
bâtir les Etats généraux permettant de réels programmes d'actions. 
Les six groupes de travail thématiques, auxquels s'est ajouté un 
septième spécifique sur les OGM, ont bûché tout l'été et doivent 
proposer une trentaine de mesures concrètes et quantifiables fin 
octobre. Dès lors, mon objectif est d'agir, et d'agir vite. Dès 
l'obtention des conclusions du Grenelle, nous activerons un grand 
programme national. Je me suis déjà fixé quelques objectifs. Pêle-
mêle : j'ai demandé à chaque ministère de procéder à un bilan 
énergétique et carbone de son administration. Parce que pour 
convaincre, il faut être exemplaire. Sinon, comment exiger un effort 
de la part des Français quand vous-même n'êtes pas écoresponsable ? 
Je prêche pour les visioconférences et la réduction des mobilités 
inutiles, jusque dans l'enceinte de nos structures. Autre cheval de 
bataille : le sur-emballage. J'ai l'intention de réunir les acteurs 
de la grande distribution pour les convaincre de réduire l'usage 
excessif des plastiques d'emballage, facteur important de déchets et 
de pollution. Comme je tiens également à ce que la restauration 
collective se mette au bio. En Italie, 40% de l'alimentation servie 
dans les restaurants d'entreprise et dans les cantines scolaires est 
bio. Nous devons y aller, certes, progressivement mais résolument.
Et en ce qui concerne l'industrie automobile ?
La pollution des transports représente 25% des émissions de CO2 . 
C'est pour cela que j'ai commandé 3 000 véhicules à moteur hybride et/
ou électrique. Nous voulons que les flottes des constructeurs ne 
dépassent pas 120 g/CO2 au kilomètre, ce qui correspond à 50% de 
moins que les véhicules en circulation. Il faut en même temps 
désengorger le fret routier et favoriser les transports ferroviaires 
par le Lyon-Turin, le tunnel des Pyrénées, la ligne à grande vitesse 
Paris-Toulouse-Espagne. Par le ferroutage et le merroutage aussi. Par 
ailleurs, j'ai convenu avec l'Italie et la Suisse de déposer un 
dossier commun concernant le statut du Mont-Blanc. Nous souhaitons 
qu'il soit désormais classé au patrimoine mondial de l'Unesco. En 
prenant les problèmes un par un, je sais qu'on va y arriver. De toute 
façon, je tiens à être opérationnel et concret dans moins de deux mois.
Vous donnez l'impression de vous atteler aux douze travaux d'Hercule ?
C'est vrai, le travail est vertigineux mais je suis efficacement aidé 
par Dominique Bussereau et Nathalie Kosciusko-Morizet. C'est 
passionnant de passer de discussions sur l'automobile propre aux 
problèmes des voies navigables, de conversations avec les acteurs de 
la grande distribution aux problèmes environnementaux en Afrique, à 
l'indispensable isolation thermique de l'habitat. S'il faut 
travailler 24 heures sur 24 sur les dossiers, je le ferai avec mes 
interlocuteurs. Mais attention ! Le jeu en vaut la chandelle. L'appel 
à l'utilité est total. Il faut favoriser coûte que coûte la 
concertation. Et bien comprendre que l'environnement est un enjeu 
international. L'élection présidentielle américaine, je peux vous 
l'assurer, se jouera en partie sur cette question.
Vous venez de rencontrer un vif succès à Rio. Est-ce de bon présage ?
Steiner, le président exécutif du PNUE est complètement séduit par le 
nouveau ministère français. Quant au Grenelle, il le définit comme un 
grand laboratoire de l'environnement. A Rio, j'ai pu constater que 
tous les regards des instances politiques internationales 
convergeaient actuellement vers la France. On n'a jamais été aussi 
proche d'un changement radical de la donne. C'est l'opinion publique 
internationale qui va être le déclencheur. L'heure est au passage à 
l'acte. Enfin !
Votre message aux Français ?
Je demande l'union sacrée de tous les Français. Aux parents, grand-
parents, enseignants, syndicalistes, patrons, ouvriers, étudiants, 
comédiens, journalistes, à tous d'être les acteurs de ce formidable 
défi qu'est la préservation de notre planète et le bien-être dans 
notre pays.
  


Article ajouté le 2007-09-08 , consulté 34 fois

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